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Une identité mauritanienne est-elle possible ? par Moulaye Dioum

Marc Cheb Sun, directeur de la rédaction de respect magazine a publié le mardi 14 avril 2009, un article dans le journal Metro intitulé, France-USA : l'effet miroir. Cet article est une dissertation sur la fameuse problématique de l'identité française. Il dit ceci:" Avec l'élection de Barack Obama, plus personne ne peut nier la nécessaire interrogation que l'expérience américaine doit projeter sur nos chemins... la construction d'une identité nationale est passionnante à comparer".

D'ailleurs cette passion de comparer me pousse aussi à m'interroger sur l'identité de la Mauritanie. Derrière cette question se cache celle de l'existence même de notre pays car il n'est de pays sans identité. En effet, c'est sur la définition de l'identité de la Mauritanie que les négociations entre Ibrahima Moctar Sarr et Sidi Ould Cheikh Abdallahi ont buté entre les deux tours, lors des élections présidentielle de 2007.

Le Président Ibrahima Moctar Sarr -A.J.D/MR- pense à la nécessité d'une refonte constitutionnelle qui prendra en charge le caractère négro-africain de la République Islamique de Mauritanie, il s’agit simplement d’amener la Mauritanie à recouvrir entière son identité arabe et négro-africaine. Le candidat de la junte à l’époque, Sidi, n'a pas voulu l'entendre de cette oreille professant qu'il est hors de question de toucher à la constitution. Ce débat a permis de clarifier le vrai visage des hommes et surtout des limites de la classe politique.

Ainsi, c’est au niveau des textes fondateurs que réside l’exclusion d’une partie importante de la communauté nationale, les négro-africains. Car en parlant d'arabité on fait allusion à la nation alors que l'africanité renvoie seulement à un critère spatial. A ce niveau on peut dire que la Tunisie et le Maroc sont bel et bien des pays Arabe et Africain au même titre que la Mauritanie mais est-ce suffisant pour afficher le caractère négro-africain.

La vérité c'est que tous les régimes successifs ont entériné de subtile en masquant cette identité forte de la Mauritanie en jouant sur d’autres paramètres telle que la religion pour minorer voire effacer le caractère négro-africain. Heureusement une certaine élite, alerte et soucieuse d’une refonte nationale basée sur la justice et l’égalité œuvre pour ramener la Mauritanie dans le giron de son identité socio-spatiale.

Voilà sur quoi reposent toutes les politiques de discriminations raciales en Mauritanie: politique de quota, discrimination à l'emploi, refus d'encourager le métissage et la mixité sociale, refus d'officialiser nos langues nationales. Sur cette question je suis plus qu'étonné de constater que l'extrémisme du panarabisme de son refus de reconnaître le hassania comme langue nationale alors que cette dernière est reconnue et enseignée au Sénégal. Quel complexe! Quelle honte! Et dire que la Mauritanie est un pays Arabe et négro-africain pourrait entraîner des maux de ventre?

Au lieu de passer tout notre temps à valoriser les héros étrangers mieux vaudrait valoriser les nôtres. A-t-on vu au Maroc, Sénégal ou en Algérie une avenue dédié à Bâ Seydi ou l'imam Boudaha?

La Mauritanie d'aujourd'hui est à la recherche de son destin et son identité ne sera possible que lorsqu’elle acceptera d'être ce quelle est non ce que certains voudraient quelle soit. Le multiculturalisme, la diversité et l'altérité sont devenus des valeurs universelles. Même les conservateurs en France et aux Etats-Unis y adhèrent.

Etre mauritanien, c'est avant tout un Etat d'Esprit, une volonté de s'inscrire dans un projet commun quelle que soit notre appartenance ethnique. C'est dans cette optique que l'affirmation selon laquelle:" Notre sens de l'intégrité devrait provenir de quelque chose de plus subtil que les gènes dont nous avons hérité" prend tout son sens. (François Dupaire et Olivier Richomme, l'Amérique de Barack Obama).

Mabrouck Rachedi (Ecrivain) dans un article « La leçon de diversité de Barack Obama », publié le jeudi le 6 novembre dans le journal Métro, démontre le caractère symbolique fort de l’élection de l'actuel président américain pour toutes les diversités du monde. En effet, rappelle-t-il qu'aux Etats-Unis "l'espérance de vie d'un noir est de six ans moins longue que celle d'un blanc, que le taux de chômage des noirs est double." Mais cette situation n'a pas poussé Obama de faire de sa couleur de peau son programme politique. S'il a gagné c'est parce qu’il s'est posé en candidat de toutes les communautés américaines. Comme Obama, si nous voulons être crédibles nous devons pouvoir faire une offre politique globalisante "qui vise la totalité" au lieu de rester sur des revendications sectaires.

Dans son discours du 18 mars 2008 à Philadelphie, Obama propose, en parlant des noirs de l'Amérique: "Pour la communauté afro-américaine, cela signifie qu'il faut accepter les fardeaux de notre passé sans en devenir les victimes. Cela veut dire continuer à exiger une pleine justice dans tous les aspects de la vie américaine. Mais cela signifie également associer nos propres revendications aux aspirations de tous les Américains, qu'il s'agisse de la femme blanche qui se débat pour gravir les échelons dans son entreprise, de l'homme blanc qui a été licencié ou de l'immigrant qui s'efforce de nourrir sa famille". Proposition qu’on peut transposer dans le contexte mauritanien ou Ibrahima Moctar Sarr cristallise cette force de proposition pour sortir de cette crise.


Moulaye Dioum
Secrétaire général de la section
et président de la commission politique du Directoire de campagne
de l’A.J.D/MR France.

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