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Théâtralisation au sommet

Il est là. Il est bien là cette fois. Sur une thématique qui a rappelé « En attendant Godot », la pièce de Beckett, son absence a bruyamment meublé la scène médiatique. Celui qu’on a attendu pendant un bon moment est enfin rentré au bercail.

On l’a attendu si longtemps qu’il s’est joué de nos sentiments en nous faisant languir. Ce petit peuple du Sénégal l’attendait tant, parce qu’il ne comprenait pas qu’il se prélassât sur les bords du lac Leman, en Suisse, alors que les délestages et inondations rendaient la vie des Sénégalais intenable, surtout en cette période de Ramadan. Mais enfin, ses vacances, quoique "studieuses" ( ?), lui ont quand même fait du bien ; bonne mine, teint bien plus marron ! Gorgui finissait ses deux livres et c’est normal pour un grand intello comme Wade, pour qui, les problèmes du Sénégal sont devenus si microscopiques et si peu intéressants, qu’il a choisi de plutôt réfléchir sur le panafricanisme et la crise financière. De la hauteur, loin de l’ambiance glauque de la banlieue inondée de Dakar. Mais consolation tout de même. Il n’est pas rentré bredouille, notre Gorgui. Il est même arrivé avec un baluchon bien rempli ou plutôt une pluie… - non pas pour en rajouter à la souffrance des vaillantes populations de la banlieue dakaroise-, de milliards pour booster l’agriculture et les infrastructures routières.

Et comme il fallait bien s’y attendre, Wade, roi de la mise en scène, a bien calculé son coup, attendant un peu que la tempête des délestages se calme pour atterrir. Ah oui, c’est un vieux de la vieille. Son excellence cherche toujours à en mettre plein la vue à ses interlocuteurs afin qu’on le laisse tranquille. Et qu’il déroule coolos, calmos, tranquillos ses plans… Ce n’est plus « Au théâtre ce soir », mais tout le temps, en permanence.

Fini les vacances de Sa Majesté, celle des journalistes de la RTS également. Elle a bien repris du service. Réactions de Wade au salon d’honneur, sur fond de montage d’images ayant trait à la Grande Offensive agricole pour la Nourriture et l’Abondance (GOANA) et dans lesquelles, on peut voir des tracteurs, comme pour montrer qu’avec les 270 milliards du Millenium Challenge Account, la Goana est encore en vie et que les sous du MCA destinés au programme agricole et aux infrastructures routières pour les 5 ans à venir, vont contribuer à booster cette « Grande Offensive ». Eh oui, elle existe toujours la Goana, et il faut la remettre au goût du jour, à défaut d’avoir d’autres lumières qui brillent dans cette économie sénégalaise moribonde. Effets de scène ?

Il ne pouvait pas ne pas annoncer ses deux bouquins, le plus prolifique des présidents-écrivains de la planète, ce qui est tout à l’honneur du Sénégal ; un pays qui a malheureusement plus besoin de nourrir ses fils que de «  belles lettres ». On se demande d’ailleurs si l’intérêt n’est pas juste d’éclipser « Contes et mécomptes de l’Anoci », ce livre qui a rendu groggy tout ce peuple de la Génération du Concret, au point qu’Alioune Diop ce chargé de mission à la présidence, a versé dans l’insulte comme seul argument pour défendre l’Anoci. Si notre président, candidat au prix Nobel, doit commenter, il préférera sans doute commenter ses propres ouvrages, exercice qu’il adore tant ! L’on s’interroge d’ailleurs sur ce livre, « un destin pour l’Afrique » qu’il avait écrit alors opposant et son application pratique, une fois l’auteur arrivé au pouvoir. Cette autre formule mathématique « Wade formula », qu’est-ce que cela a-t-il donné ? Effets de script ?

Sur l’électricité, comme sur les inondations, réponses bien vagues servies, mais en même temps clore le débat, question de dire aux sénégalais que ce sont des sujets sérieux sur lesquels, il faut réfléchir et non pas trouver des réponses précipitées. Wade propose, dans l’un comme dans l’autre cas, de la réflexion dont le but sera de proposer une « nouvelle structure » avec une conception et une mise en œuvre pouvant émaner de compétences issues de la classe politique, du monde entrepreneurial et de la société civile, dans le cas de l’électricité. Idem sur les inondations : réflexion à engager de la part de l’Etat, avec comme dans toutes les communications politiques, le truc récurrent qui consiste à exprimer sa solidarité, le truc passe-partout quoi ! Effets d’annonce ?

Cet épisode passé, Wade cherche à occuper l’espace. Il ne laisse aucune place où l’opposition ou une quelconque organisation adverse ou empêcheur de tourner en rond, ne puisse semer son ivraie. Il aime bien distribuer des os à ronger. Comme pour contrôler et centrer le débat sur sa personne, il pose des actes qui prônent le retour à l’orthodoxie politique. Il nomme Habib Sy ,un politique pur et dur, directeur de cabinet à la place de Zacharia Diaw, administrateur civil pur aussi. Ainsi vont les gouvernements de Wade : ce sont des remaniements et réaménagements sans fin et tous les pions sont presque interchangeables à l’exception de ceux Gadio et Abdoulaye Diop. Ce n’est pas grave après tout. Qu’est ce que cela change ? Peut-être aider Wade à mettre en place son schéma. Mais au fond, ces actes ne sont pas si fortuits que cela. Effets d’un jeu de chaises musicales ?

L’autre fait marquant, c’est Wade qui reçoit Idy au palais, alors qu’on avait fini de penser que le défilé incessant servait juste discréditer la maire de Thiès et à le faire prendre pour une marionnette. Et voici l’inquiétude dans les prairies bleues. D’aucuns pensent que le parti devrait être mis « en situation » avant une quelconque décision de remettre Idy en selle ; d’autres pensent à leur survie, car on prédit la fin de certains si celui-ci revient. Le problème de la confiance est aussi mis sur la table. Idy fait peur, c’est sûr ! Effets de Croquemitaine ?

Occupation de l’espace médiatique, Wade semble ne vouloir laisser à l’opposition aucun espace où, elle ne puisse semer sa graine. L’avion bleu a des difficultés pour (re) décoller ; le parti est en déconfiture et 2012 pointe à l’horizon. Idy semble être le seul à pouvoir faire l’affaire. Et la Génération du concret, bien endormie en ce moment par les effets dévastateurs du livre de Latif Coulibaly, ne semble pas pouvoir relever le défi. Mais comme avec Wade, on ne sait jamais, contentons nous de rester sur des impressions, car, avec le Président, c’est clignoter à gauche pour un virage à droite. Effets visuels.

- Par Nettali -

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