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Sénégal:[ Contribution ] Avec cet homme qui nous dirige, le pays a profondément mal

Sénégal:[ Contribution ] Avec cet homme qui nous dirige, le pays a profondément malNous nous souvenons encore que, au moment où il passait le service à son remplaçant, l’ancien Ministre de la Communication porte-parole du gouvernement, Monsieur Abdou Aziz Sow, lui faisait remarquer avec malice qu’il lui arriverait souvent de devoir défendre l’indéfendable. M. Moustapha Guirassy – c’est de lui qu’il s’agit – n’a pas attendu longtemps pour en vivre la très triste expérience, avec cette honteuse affaire de « cadeau » remis à Alex Segura, au moment de son départ du Sénégal.

Dès que cette affaire a été portée à la connaissance de l’opinion, M. Guirassy s’est empressé de monter au front pour affirmer sans précaution que « les autorités sénégalaises ne sont impliquées ni de près ni de loin dans cette affaire ». Quelques jours après, dans un communiqué officiel, le président de la République reconnaît piteusement la forfaiture. Auparavant, son Premier ministre et son tout nouveau Ministre des Affaires étrangères s’étaient, comme en éclaireurs, emmêlé les pinceaux en essayant d’expliquer, très maladroitement d’ailleurs, le bien-fondé de ce « cadeau » honteux.

Une mallette de 87 millions de francs Cfa (en coupures de dollars et d’euros) pour « aider (M. Segura) à acheter des cadeaux pour ses parents parce qu’il venait de quitter le Sénégal après un séjour de trois ans » ! A-t-on besoin de s’attarder sur cet aveu ?

On a aussi tenté de nous faire avaler qu’on ne corrompt pas quelqu’un avec qui on a entretenu des « relations pour le moins heurtées » et que le « modeste » « cadeau » s’inscrit dans la pure tradition africaine. Quel est alors le montant des « cadeaux » qu’on a donnés « généreusement » aux prédécesseurs de M. Segura, avec qui les relations étaient bonnes ? Il serait intéressant de pouvoir poser la même question aux représentants d’autres institutions internationales partenaires qui ont déjà quitté notre pays. Ces institutions devraient être d’ailleurs interpellées. Certains de leurs représentants ne sont-ils pas tombés sous le charme de la « générosité » déferlante du président sénégalais ?

L’affaire du fameux « cadeau » remis à Segura n’ayant pas encore fini de faire claquer toutes les langues, qu’une autre aussi honteuse est venue s’y ajouter : le vol de 52 millions d’une mallette du président de la République. Ce ne serait pas la première fois d’ailleurs que ce dernier fait l’objet de vols au palais de la République, dans les airs et à l’étranger.

Ces affaires, pour nauséabondes qu’elles soient, ne devraient pourtant pas nous surprendre ou nous étonner. Je constate que les gens en parlent comme s’il s’agissait de scandales nouveaux. Or, rien de ce point de vue n’est nouveau sous les cieux libéraux. C’est un secret de polichinelle qu’au cœur de la présidence de la République du Sénégal on pratique la corruption, une corruption active. Comment pouvait-il en être autrement, puisque le « fils d’emprunt » du président Wade nous avait tôt avertis, en nous révélant que dès son premier contact avec les attributs de président de la République, sa première réaction a été celle-ci : « Nos soucis d’argent sont terminés. » Les rapports étroits et morbides que cet homme entretient avec l’argent ne devraient donc pas nous surprendre. L’argent, c‘est sa vie. Il l’aime passionnément et en croit à la magie et à l’infaillibilité. Il le considère comme un sésame qui ouvre toutes les portes, y compris surtout celles du Pds. Si Mme Mata Sy Diallo n’était pas une femme de ngor, de jom et de foi, elle aurait certainement quitté l’Afp et Moustapha Niasse bien avant l’élection présidentielle de février 2007. Combien d’autres compatriotes sont-ils tombés sous le charme de son inimitable « générosité » ? Certainement plusieurs centaines. Peut-être plusieurs milliers.

L’argent, c’est donc pour cet homme qui nous gouverne, un compagnon inséparable. Il serait sûrement désemparé sans ses mallettes, à l’intérieur du Sénégal comme à l’étranger. C’est l’attrait irrésistible de ces mallettes qui explique, au cours de ses nombreux et coûteux voyages, les attroupements bruyants de « militants » autour des luxueux hôtels où il réside avec sa cour. J’ai très tôt compris son penchant morbide pour l’argent et sa banalisation de la corruption, et je ne me suis jamais lassé de les dénoncer avec vigueur. Cet homme banalise la corruption, l’entretient, la nourrit. Il considère exactement les actes de corruption comme « des accidents de parcours qui finiront par être digérés dans l’évolution du pays ». Il dira des présidents de conseils ruraux dont il présidait l’assemblée générale de l’association, qu’ils vendaient des terres, que cela ne relevait pas de leurs prérogatives et que s’il avait laissé appliquer la loi, nombre d’entre eux seraient en prison.

Que peut-on encore attendre d’un tel homme ? Rien de bon, puisque rien ne le dérange, rien ne le gêne. ?Dootu jómmi?, m’avait fait remarquer un ami orfèvre en langue nationale wolof. Et il a parfaitement raison. On était en droit de penser qu’après l’éclatement de cette nauséabonde « affaire Alex Segura, et surtout avec la dimension internationale qu’elle a prise, Me Wade se ferait plus discret et resterait pendant quelque temps reclus dans sa coquille. Il n’en a rien été : l’homme est resté zen, comme après les nombreux autres scandales qui ont entaché au quotidien sa gouvernance meurtrie. La presse nationale et internationale (Le Monde et Le Figaro notamment) a beau l’accabler, avec des commentaires parfois des plus dégradants, cela ne l’a pas le moins du mondé dérangé. Tamsir Jupiter Ndiaye a donné à son « Point d’interrogation » du Nouvel Horizon n° 696 du 30 octobre au 05 novembre 2009 ce titre infamant : « Un président qui corrompt, un entourage qui vole ». A l’intérieur du texte, il pointe, à juste titre, un doigt accusateur sur « le déclin moral, politique et économique du Sénégal dont le seul responsable est celui qui se croit meilleur, alors qu’il a fait de ce pays le berceau de la mal gouvernance ». Il ne s’étonne donc pas que l’entourage de cet homme « dont les seules dimensions du génie sont l’effet d’annonce et la gabegie (…) vole, parce que peuplé de faussaires, d’escrocs, de forbans et de voleurs ». Dans son ?Interrogatoire? à la ?Dic? de l’édition du quotidien ?Kotch? n° 18 des samedi 31 octobre et dimanche 1er novembre 2009, Abdoulaye Wilane enfonce un peu plus notre vieux président en ces termes : « Nous avons un président corrupteur à l’entourage truffé de voleurs. » ?L’AS? n’est pas en reste, qui titre dans son édition du même week-end ceci : « Vol au sommet de l’Etat ».

De nombreux autres journaux et radios ont accablé l’homme et l’ont traité de tous les noms d’oiseaux. Il nous fait finalement honte, nous gêne et nous met très mal à l’aise. Rappelons que dans une interview à ?Afrique Intégration Magazine? n° 125, septembre-octobre 2003, il faisait l’étonnante déclaration suivante : « Vous savez très bien qu’avant l’alternance, le Sénégalais même en Europe, quand on lui disait : ?Vous êtes de quel pays ??, il répondait : ?Je suis Malien !?. On prenait d’autres références que le Sénégal, c’est vrai. Aujourd’hui, ce sont les autres qui sont fiers parfois de répondre en disant qu’ils sont Sénégalais. »

C’est faux, archi-faux cette assertion. C’est avant l’alternance que nous étions fiers d’être Sénégalais, à l’intérieur comme à l’extérieur. C’est bien maintenant, avec la détestable gouvernance libérale, que personne ne veut plus être Sénégalais. Si les pays étaient cotés en bourse, le Sénégal aurait perdu aujourd’hui 80 à 90 % de sa valeur. C’est donc avec cet homme et ses frasques au quotidien, que nous sommes devenus ce que nous sommes : les moins considérés de la sous-région et même du reste du monde.

Nous étions donc déjà très mal en point avec les forfaits de la gouvernance infecte de Me Wade. Cette affaire de mallette remise à Alex Segura est venue nous donner le coup de grâce. Elle nous a couverts de honte, elle nous a humiliés. C’est pourquoi, nous devons la dénoncer avec vigueur et pas le temps d’une rose. Me Wade a toujours compté sur notre penchant à vite oublier mais, cette fois-ci, refusons de nous laisser prendre à son jeu. Contrairement à ce qu’en pense mon collègue Youssou Touré, Secrétaire général de l’Organisation des Instituteurs du Sénégal (Ois) et militant de l’Apr, cette ?affaire Segura? est loin d’être un faux débat, à qui nous voulons donner une dimension qu’il n’a pas. C’est bien un débat, un vrai, qui vient s’ajouter à de nombreux autres, comme cette affaire d’au moins 80 milliards qui opposent encore apparemment nos deux bandits de grands chemins. Nous n’avons rien internationalisé : c’est l’affaire elle-même qui, par sa gravité, a connu un développement qui a dépassé nos frontières. Nous ne serions en rien responsables de cette situation. Le proverbe wolof ne dit-il pas que « ku dee ca ja ba yaa tagge sa bopp » ? En d’autres termes, celui qui a choisi d’aller mourir au marché en plein jour, dispense ses parents de communiqués de décès. Je ne partage donc pas du tout le point de vue de mon jeune collègue. Nous devons parler de cette affaire, encore en parler, toujours en parler. Nous nous devons de l’expliquer, de l’expliciter sans relâche aux populations dans les différentes langues nationales. Il ne faut pas qu’elle nous passe sous le nez, comme les autres nombreux forfaits de l’homme qui nous gouverne.

Pour ce qui me concerne en tout cas, je refuse de tomber trop facilement dans l’oubli et de faire ainsi son affaire. C’est pourquoi, je ne rate aucune opportunité pour remettre au goût du jour ses nombreux scandales, dont le moins grave est infiniment plus grave que l’affaire du Watergate qui a coûté au président Richard Nixon sa démission forcée en 1974. Ces propos, je les répète à l’envi dans toutes mes interventions. Et j’y ajoute souvent que « si nous vivions dans une véritable démocratie, avec une justice indépendante et des citoyens informés et conscients de leurs responsabilités, Me Wade serait destitué et au besoin traduit devant la Haute Cour de Justice ». Au début, ces propos faisaient peur et me valaient même des menaces. Aujourd’hui, cette triste et dure réalité est reconnue, admise et partout exprimée.

L’homme vieillissant qui nous dirige est donc de plus en plus discrédité. Il a largement fait son temps et doit débarrasser le plancher politique. Aucune chance ne devrait lui être laissée pour le scrutin de 2012. Ni à lui, ni à son fils biologique, ni à son ?fils d’emprunt?. L’opposition a, à cet égard, une très lourde responsabilité. Elle a surtout d’autres chats à fouetter que de se tirer dessus par presse interposée. La désignation de son candidat (ou de ses candidats) ne devrait pas, pour le moment, retenir l’attention. Elle est prématurée et surtout source de conflits qui n’arrangent que l’adversaire. Ce qui est, par contre, largement prioritaire, c’est l’élaboration d’un projet national consensuel, d’un programme de gouvernement fortement adossé sur les conclusions des Assises nationales, et principalement sur la Charte de gouvernance démocratique, avec un projet de constitution qui délimite nettement les pouvoirs des différentes institutions. Une fois ce préalable réalisé, on pourra alors, en fonction des pouvoirs bien délimités, réfléchir sur les profils et les noms des uns et des autres, pour l’exercice des fonctions de président de la République, de Premier ministre, de Président de l’Assemblée nationale, etc.

Cumulativement à ces tâches, l’opposition devrait utiliser une partie importante de son temps à aller vers les populations – dont l’écrasante majorité ne lit pas les journaux – pour leur expliquer et expliciter les forfaits de l’infecte gouvernance libérale, et le gros danger que représenterait pour le pays déjà affaissé, un troisième mandat pour Me Wade, ou une élection d’un homme ou d’une femme de son entourage. Dans les quatre coins du pays, elle devrait organiser des visites de quartiers, des meetings et surtout des conférences en langues nationales. Les sujets ne manquent vraiment pas pour organiser des conférences-causeries sur la détestable gouvernance des Wade. Ils pourraient porter sur : ?La parole de Me Wade?, ?Les scandales de la gouvernance libérale?, ?L’envers des réalisations des grands projets de Me Wade?, ?Les voyages de Me Wade?, ?La relance de l’agriculture, de la pêche ou du tourisme?, ?Me Wade et l’argent?, ?Me Wade et le pouvoir?, ?Les niches de gaspillages dans la gouvernance libérale?, ?Comment remettre l’éducation ou la santé à l’endroit ??, ?Quelles alternatives pour l’emploi des jeunes ??, ?Place de la morale et de l’éthique dans la gouvernance libérale?, etc.

Notre pauvre pays a aujourd’hui mal, très mal. Il n’est pas d’ailleurs loin de toucher carrément le fond, avec cette humiliante ?affaire Alex Segura?, que nous traînerons sûrement pendant de nombreuses années encore. C’est un devoir pour chacun et pour chacune d’entre nous de nous retrousser les manches, pour chasser sans ménagement du pouvoir l’homme qui nous a mis dans cette très inconfortable situation.


MODY NIANG, e-mail : modyniang@arc.sn
seneweb.com

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