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POUR UNE FEDERATION AFRICAINE DES VICTIMES EN POLITIQUE

Les violences multiformes subies du fait de la politique ont marqué et continuent encore de marquer de leurs stigmates les populations de nombre de pays africains. Au Libéria, en Sierra Leone, au Soudan, en RDC, en Côte d’Ivoire, au Togo, au Zimbabwe, au Cameroun, au Congo Brazzaville, et dans bien d’autres pays encore, ces violences et leurs conséquences, qu’elles aient été manifestes, visibles, résiduelles ou masquées, continuent de prévaloir.

Si on peut attribuer de nombreuses causes à ces violences, dans le contexte africain, elles tiennent pour la plupart de la difficulté de nombre de dirigeants à se soumettre à la règle de l’alternance démocratique en acceptant de quitter le pouvoir. Directement ou indirectement comptables de ces violences, ils craignent de devoir se justifier demain s’ils ne sont plus au pouvoir. Dès lors, tous les moyens leur sont bons pour rester ad vitam æternam aux affaires.

Que peuvent faire les peuples et les victimes face à de telles situations ? Aller en justice en interne n’aboutit le plus souvent à rien sinon qu’à soulever parfois un supplément de problèmes. Alors, que faire dans ces conditions ? Faut-il succomber à la tentation de répondre à la violence par la violence ? Une telle option, inutile de le dire, n’est pas des plus indiquées.

Mais là où le problème se corse pour les victimes des violences en politique, c’est que de plus en plus, on constate malheureusement qu’au niveau de la communauté internationale, il s’opère un glissement très prononcé vers des condamnations symboliques envers les dirigeants auteurs de ces violences. Des condamnations de pure forme qui ne sont pas suivies d’actes. Cette mutation dans les approches de la communauté internationale tient sans aucun doute au constat de la difficulté à concilier justice et réconciliation. En effet, dans la plupart des pays confrontés à ces cas de figure, l’exigence préalable d’une justice absolue avant l’éventualité d’une réconciliation a eu pour effet pervers de crisper les positions et d’exacerber les antagonismes.

C’est sans doute pour tenir compte de ces observations qu’au niveau de la communauté internationale, l’amnistie intervient de plus en plus dans les propositions de règlement des conflits et de rétablissement de la démocratie. Ce ne sont plus les individus, les partis politiques qui adhèrent à la formule, ce sont les institutions africaines, européennes, mondiales qui apportent leur caution à de telles formules. Actuellement par exemple, la communauté internationale dans la crise malgache, a mis encore en avant l’amnistie pour favoriser la conciliation nationale et une transition apaisée. Les anciens présidents malgaches, Ratsiraka, Zaf et Ravalomanana, comptables de crimes politiques et économiques, se verront donc amnistiés en contrepartie de certaines prises de réserve politique. Ce compromis, bien que n’étant pas encore signé, est déjà félicité comme un succès. Au Nigeria, la même formule est proposée pour les rebelles du Delta du Niger. Il en est de même à l’endroit des Talibans en Afghanistan.

Mais encore une fois, que fait-on des victimes ? Ne les sacrifie-t-on pas encore ici sur l’autel de la pacification, de la réconciliation ? Comment par ailleurs éviter, lorsqu’il y a indemnisations, qu’elles ne soient sélectives ? Les contournements de la loi sont multiples dans ce genre de situations.

L’exemple algérien pourrait mieux éclairer notre propos quant au peu de cas qui est fait des victimes dans des contextes d’amnistie. Afin de réduire le terrorisme à défaut de l’éradiquer, on se souvient que le président algérien Bouteflika avait proposé aux terroristes une contrepartie d’amnistie et de réinsertion sociale si ceux-ci acceptaient de déposer les armes. Les nombreuses victimes du terrorisme furent malheureusement la partie perdante de cette entente collusive. Aujourd’hui encore, beaucoup d’entre elles tentent mais en vain, de faire entendre un autre son de cloche.

C’est pourquoi nous pensons qu’à défaut de pouvoir obtenir réparation devant la justice nationale ou internationale, et dans l’impossibilité de faire rendre gorge, envoyer au Tribunal pénal international, appliquant ainsi la loi du Talion comme à l’époque, il conviendrait peut-être d’ouvrir très largement les voies de l’indemnisation des victimes en favorisant par exemple la création d’une sorte de Fédération africaine des victimes en politique. Une telle structure à laquelle on pourrait attribuer diverses compétences, notamment juridiques, interviendrait lorsque pour le règlement des conflits et la préservation de l’intérêt général, l’amnistie s’avèrerait nécessaire.

Chacun pourrait, au travers de cette structure, défendre ses intérêts et ses préférences, dire en quoi l’option va vers une transaction sur les intérêts civils, sur un procès pénal ou sur un pardon qui garde toutes ses chances à la vérité en recourant à une formule du genre «Vérité et réconciliation ». La communauté internationale devrait s’y intéresser. Qu’il s’agisse d’indemnisations ou de discussions autour du principe de l’amnistie et de sa mise en œuvre, une telle structure devrait être pleinement associée et bénéficier de toute la protection internationale possible.

La Redaction de San Finna


Source : San Finna VIA AJD/MR

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