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Au-delà d’un réservoir électoral, une bombe sociale à désamorcer

POURQUOI WADE VA À L’ASSAUT DE LA BANLIEUE

La tension est palpable à tous les niveaux. Le climat social est tendu. Les populations ne parviennent plus à satisfaire le minimum nécessaire. La jeunesse, en désarroi, grogne et se révolte à tout va

 Marchands ambulants, consommateurs, supporters, chacun crie son ras-le-bol. Le peuple à bout de patience extériorise sa frustration par des moyens parfois violents qui font craindre un embrasement total. La banlieue surexcitée, devenue le champ d’expression du désarroi sénégalais, risque d’être le lieu d’où partira l’étincelle destructrice. C’est la quintessence de nombreux rapports des renseignements généraux qui se sont retrouvés sur la table du président de la République. De quoi susciter son intérêt pour la banlieue pour faire d’une pierre deux coups : désamorcer une bombe latente et récupérer un réservoir électoral qui tend à l’échapper.

Le président de la République est conscient d’une chose : le pays peut s’embraser à tout moment. Ses services de renseignement le lui ont clairement signifié à travers des bulletins qui ont sonné l’alerte à plusieurs reprises. Ces mêmes services pensent que l’étincelle qui embrasera le pays risque de provenir de la banlieue.

En effet, les ménages y sont littéralement abattus par une conjoncture généralisée. L’inflation est galopante, les soins de santé inaccessibles, l’éducation marche par la tête, l’emploi introuvable pour les jeunes. La Senelec vient grever les bourses des ménages par une nouvelle tarification asociale. La Sde sert de l’eau peu consommable…

Et les inondations ne sont pas pour arranger les choses. C’est pourquoi, les pouvoirs publics veulent partir à l’assaut de la banlieue dakaroise qui fait l’objet de toutes les convoitises. Si les tenants du pouvoir multiplient les opérations de charme avec des promesses féeriques et des actions sociales intéressées, c’est parce que la banlieue est une poudrière qui peut exploser à tout moment.

Elle condense toutes les frustrations et les maux de la société sénégalaise : Insécurité, chômage, insalubrité, promiscuité, démographie galopante, inondation, etc. Dans ce coin perdu de la capitale, les citoyens luttent pour la survie.

Cette jeunesse n’envisage plus un avenir radieux tissé sur un faisceau de promesses, mais réclame un présent plus digne. La pauvreté est telle que tout est devenu urgent. Aussi ce réservoir électoral qui a massivement contribué à la chute du Parti socialiste, a été le bourreau du régime libéral lors des élections locales du 22 mars 2009.

Le Foba, un mort-né

Ce sont ces maux de la banlieue dakaroise que le Forum banlieue avenirs (Foba) tenu les 17 et 18 novembre 2008 au Complexe Léopold Sédar Senghor de Pikine a voulu solutionner. Responsables des Organisations communautaires de base (Ocb), autorités administratives et locales, personnes ressources ont ainsi participé aux audiences publiques qui ont eu lieu dans les quartiers et qui ont permis de lister les problèmes qui freinent le développement de la banlieue.

Les objectifs consistaient principalement à ’’insérer les jeunes dans le circuit productif à travers des projets et programmes générateurs d’emplois, déboucher sur un arsenal de propositions concrètes à court, moyen et long termes pour éradiquer les catastrophes et lutter contre les fléaux naturels tels les inondations, repenser la pratique culturelle artistique par des pistes claires afin que les artistes et hommes de Culture soient de véritables vecteurs de développement socio-économiques de la banlieue’’.

Plusieurs thèmes ont ainsi été abordés. Il s’agit notamment de l’emploi des jeunes, la culture comme facteur de développement économique et social, le développement des infrastructures et services sociaux de base. Plusieurs centaines de jeunes de la banlieue ont été regroupés autour de six ateliers (emploi, éducation et formation, culture, développements des infrastructures et services sociaux de base, aménagement urbain, sports, micro finance et entreprenariat féminin).

Chapelet de doléances des jeunes

Devant le président de la République qui a clôturé les travaux du forum, la Présidente du Conseil départemental de la jeunesse de Pikine-Guédiawaye, Marème Ngoné Diop, avait soutenu que ’’les jeunes sont profondément affectés par le sous-emploi et la précarité qui se confondent avec la notion même de banlieue, entraînant le désespoir de la plupart d’entre eux et les emmenant à braver la mer à la recherche d’un eldorado’’.

Elle a noté le manque d’une formation adéquate pour les jeunes, leur permettant non seulement de se prendre en charge, mais d’intégrer le tissu économique de la région.

Elle n’a pas manqué de signifier au président de la République que ’’ses nombreuses initiatives depuis l’avènement de l’alternance en faveur de l’emploi n’ont pas encore totalement répondu à l’attente des jeunes de la banlieue. Toutes les mesures (Fnpj, projet Asc Emploi, Anej et autres) n’ont pas suffi à résorber cette forte demande et le taux exorbitant de chômage des jeunes de la banlieue’’.

Cheikh Diop, président de la Commission scientifique du forum, a demandé la création de pôles de développement économique, d’un fonds spécial d’appui à la micro finance, mais aussi la restitution des terrains des jeunes ’’abusivement’’ octroyés aux promoteurs privés.

Opération de charme du chef de l’Etat

En réponse aux préoccupations des jeunes de la banlieue, le président Wade a annoncé le lancement des TGP (Très Grands Projets). ’’Nous avons les financements de ces projets que nous allons annoncer… Car j’ai décidé de ne plus laisser cette jeunesse dans les conditions où elle se trouve aujourd’hui’’, avait-il dit.

Il a promis ’’d’éliminer le sous-emploi, le chômage des jeunes’’. Il a encensé les jeunes en leur disant qu’il se félicite de disposer d’une jeunesse ambitieuse qui veut réussir dans la vie et non pas une jeunesse droguée. Des promesses qui n’ont jamais été tenues. Les banlieusards continuent de vivoter.

Les agressions sont monnaie-courante dans les quartiers de la banlieue dakaroise. Les gangs y pullulent. C’est que la précarité, la pauvreté et la promiscuité règnent dans ces lieux.

La quasi-totalité des quartiers de la banlieue a été inondée. Malgré le déclenchement du plan Orsec, les eaux ont fini de récupérer les maisons. Pendant ce temps, dans d’autres quartiers de la banlieue, l’on se plaignait de la mauvaise qualité de l’eau servie aux ménages par la Société des eaux (Sde).

Et lorsque la Senelec s’en mêle avec des factures salées, bonjour les dégâts. En plus d’être privés d’électricité, la majeure partie de la journée avec des coupures intempestives, les foyers reçoivent des factures identiques ou le plus souvent plus élevées que d’habitude grevant ainsi des budgets presque entièrement dédiés à l’alimentation

De quoi donner du tournis aux autorités qui font tout pour désamorcer cette bombe qu’est la banlieue.

- Par Mouhamed Diaw -

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