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LUTTE CONTRE LA GABEGIE EN MAURITANIE : COUP DE BALAI OU COUP DE BLUFF ? par Issa Mamadou DIOP

A l’Université de Nantes, dans les années 70, un ami Gambien me répétait inlassablement une citation de Mao: « là où le coup de balai ne passe pas, la poussière ne s’en va pas d’elle même ». Il fustigeait à l’époque l’incompétence des premiers dirigeants de nos pays fraîchement indépendants et préconisait la révolution pour les balayer.

La Lutte contre la Gabegie a été le principal slogan de campagne du candidat O/ Abdel Aziz aux dernières présidentielles.

S’agit-il d’un simple coup de bluff politique pour accéder à la magistrature suprême et y demeurer le plus longtemps possible?

Compte t il réellement nettoyer le pays de ses prédateurs et jusqu’où pourra-t-il ou voudra-t-il aller ?

Avec d’immenses potentialités économiques pour une population n’excédant pas 3.350.000 habitants en 2008, la Mauritanie est généralement citée parmi les pays les plus pauvres de la planète. En 2009, elle était classée 154e, sur une liste de 182 pays, par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) dans son « Rapport sur le Développement Humain ».

Comment expliquer ce paradoxe, ou plutôt, ce lamentable gâchis ?

Depuis notre accession à l’indépendance, huit chefs d’état ou présidents de la République ont pris les rênes de l’état sans chercher à nous débarrasser des responsables de détournement de nos richesses, une des principales causes de notre sous développement chronique.

Bien au contraire, certains ont même systématiquement favorisé cette pratique en s’appuyant sur des milieux tribalo-affairistes, des réseaux de clientélisme, le népotisme, le régionalisme, le racisme, pour s’installer durablement au pouvoir.

Le mérite de O/ ABDEL AZIZ est de vouloir s’attaquer à cette pieuvre redoutable au risque de se faire dévorer par elle ou d’être accusé de s’en servir comme d’un commode instrument de liquidation de ses opposants.

Depuis la mise en place de son premier gouvernement, nous avons assisté, dans une certaine opacité il est vrai, à une pléthore de limogeages voire à des arrestations spectaculaires de grands commis de l’Etat ou de puissants hommes d’affaires qui furent écroués dans les prisons de la capitale.

Ce grand coup d’éclat a véritablement fait l’effet d’une bombe dans le pays !
« II a osé toucher aux intouchables ! » entendait-on dire ça et là avec une pointe d’admiration sincère pour certains et d’agacement crispé pour d’autres.

Curieusement ces mêmes hommes d’affaires furent libérés quelques semaines plus tard à la suite d’un deal financier qu’ils auraient conclu avec le gouvernement ce qui provoqua l’incrédulité d’une bonne frange de la population qui défendait bec et ongles le Président.


En réalité depuis près de 50 ans nous vivons dans une gabegie totale qui s’est traduite par un gaspillage suicidaire de nos ressources à la fois économiques et humaines. Ce n’est sûrement pas par un coup de baguette magique que le pays sera remis sur de bons rails.

S’attaquer aux crimes économiques n’a de sens que si parallèlement les mécanismes d’une bonne gouvernance sont appliqués ; si des poursuites sont engagées par la justice contre les auteurs des épurations ethniques qui ont déchiré et ensanglanté le pays et contre les adeptes des pratiques esclavagistes qui maintiennent encore de nombreux mauritaniens dans l’asservissement.

Pour être plus crédible le Président doit mettre d’office à la retraite tous ceux qui ont exercé des hautes responsabilités politiques, administratives et militaires du 10 Juillet 1978 au 5 Août 2009 et diligenter une enquête méticuleuse et impartiale sur l’origine exacte de certaines fortunes qui se sont subitement constituées.

Il devra s’entourer d’hommes et de femmes compétents, aux mains propres, soucieux de l’intérêt général et sans passé entaché de compromissions politiques avec les anciens régimes.

C’est à ce prix que sa lutte contre la gabegie apparaîtra aux yeux de milliers de mauritaniens comme le début d’un vigoureux coup de balai et non l’expression banale d’un coup de bluff, ou pire, d’un simple coup d’épée dans l’eau.


Issa Mamadou DIOP
Conseiller Municipal, Nouadhibou


Source: http://www.ajd-mr.org/modules.php?name=News&file=article&sid=4227

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