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Crise politique : Confusion GENERALE.

La décision du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine de prendre des sanctions «ciblées» contre quelques éléments du pouvoir actuel. Personne ne sait à présent qui est visé par la décision. Mais on peut aisément déduire que les membres du HCE et de son gouvernement seront concernés. Alors il y a lieu de se

se demander comment le pouvoir mauritanien va se normaliser.

Rien ne semble inquiéter le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, le chef de la junte issu du 6 août. Pour la décision du CPE émane d’un organisme composé de 15 membres, alors que le groupe du CEN-SAD composé de 28 membres, a apporté son soutien au processus engagé par le HCE. Pour lui s’il y a sanctions, les membres du HCE seront les seuls à en souffrir.

Préférant axer sur le gel des comptes à l’étranger précisant que les membres du HCE «n’ont pas de comptes à l’étranger». Il est vrai que certains ministres, bénéficiant du statut de double nationalité – interdit en Mauritanie pourtant -, seront touchés par la mesure, eux qui ont les avoirs à l’extérieur.



Pour y voir plus clair, il faudra attendre la réunion prévue le 20 février à Paris sur initiative de l’OIF. C’est effectivement ici que la communauté internationale se décidera ou non à suivre l’UA dans sa détermination à faire plier les autorités militaires du pays. Déjà, le commissaire européen Louis Michel, a exprimé son soutien aux démarches africaines. Bien avant, la France, l’Allemagne, l’Espagne et tous les européens en rapport direct avec le dossier, avaient déclaré que la conduite à tenir sera dictée par l’UA.

L’option mondiale aujourd’hui est de donner du crédit aux instances africaines dans la résolution des conflits sur le continent. Dans le cas d’espèce – celui de la Mauritanie – aucun pays ne semble chercher à faire atténuer les positions du CPS africain. D’ailleurs toutes les décisions sont prises à l’unanimité. C’est pourquoi il y a lieu de croire qu’aucun pays ne s’est sérieusement opposé aux sanctions. Aujourd’hui le processus d’universalisme des sanctions commencera au lendemain de la réunion de Paris.

En fait l’épisode d’Addis-Abeba a été un revers inexpliqué pour le pouvoir à Nouakchott qui semblait être sûr de son fait. Finalement la délégation dépêchée dans la capitale panafricaine n’a pas réussi à convaincre. Si l’on y ajoute les altercations avec l’autre délégation, celle représentant Ould Cheikh Abdallahi et le FNDD, on peut avoir d’ici l’image de la Mauritanie qui restera dans les esprits de nos frères africains. Le ridicule. Largement.

Circonstance aggravante du tournant des sanctions : l’annonce, en plein conseil des ministres, de la candidature du Général Mohamed Ould Abdel Aziz. En précisant ses intentions, le Général chef de l’Etat, coupe l’herbe sous les pieds de ses alliés. Surtout que l’élément de comparaison avec la Guinée et les déclarations de sa junte, ainsi que la conjoncture internationale compliquent d’avantage la situation pour le Général. Reste les initiatives de conciliations et de rapprochement des points de vue.

L’intercession la plus crédible est celle développée par le Guide libyen Moammar Kaddafi. Actuellement président de l’UA et «Roi des chefs traditionnels africains», Kaddafi est tout indiqué pour ramener les hommes politiques à la raison. En effet rares parmi eux sont ceux qui n’ont pas bénéficié de ses largesses. Que ce soit pendant les dernières élections ou en dehors. Aussi a-t-il envoyé un émissaire spécial, très spécial, parce qu’il s’agit de Rave’ El-Madani qui a joué des rôles de premier plan dans le dispositif libyen. Grand connaisseur de la société maure, il a l’habitude de traiter avec les mauritaniens.

Sa visite est officiellement destinée à «écouter» les parties. Il a entendu le Général Ould Abdel Aziz, le Président déchu Sidi Ould Cheikh Abdallahi, le président de l’Assemblée nationale Messaoud Ould Boulkheir, le leader de l’Opposition Ahmed Ould Daddah, les leaders du Front national de défense de la démocratie (FNDD), des élus soutenant le putsch, quelques membres de la société civile… Sur les détails du plan libyen, on ne sait pas grand-chose.

On a beaucoup parlé d’un plan «international» qui aurait l’onction du Qatar, de la France, de l’Espagne et de la Libye. Il s’articulerait autour de quatre points : démission simultanée des deux principaux protagonistes (Ould Abdel Aziz et Ould Cheikh Abdallahi), constitution d’un gouvernement d’union nationale autour de la majorité actuelle, mise en place d’une CENI consensuelle et la gestion de la transition par le président du Sénat. Ce plan aura pour avantage de «revenir à l’ordre constitutionnel», suivant les desiderata de la communauté internationale. Et surtout de débarrasser le pouvoir des deux protagonistes à l’origine de la crise actuelle.

Quoi qu’il en soit, l’une des parties a déjà exprimé son opinion. En effet dans une déclaration à l’AFP à la suite de la rencontre avec l’émissaire libyen, le porte-parole de Ould Cheikh Abdallahi Ahmed Ould Samba a déclaré : «Le président refuse de dialoguer avec les putschistes, mais si l'armée quitte le pouvoir et décide de se consacrer à sa mission originelle, la classe politique sera en droit de se retrouver pour dégager une sortie de crise consensuelle”. Et de poursuivre : “La mise en échec du putsch est un préalable à toute solution” et le “président Sidi n'entend faire aucune concession sur cette question de principe”.

Le porte-parole de Ould Chekh Abdallahi a indiqué que l’émissaire libyen a signifié à Ould Cheikh Abdallahi “le désir” du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi “de trouver une solution à la crise politique en Mauritanie en ce moment où son pays conduit les affaires de l'UA“. Toujours selon lui, “les médiateurs ne sont pas porteurs de proposition” de solution, se bornant “pour le moment à écouter toutes les parties et voir dans quelle mesure les différents partenaires de la crise peuvent se retrouver autour d'une table de négociations”.

Visiblement les libyens sont engagés à trouver une issue avant l’internationalisation de la question. Surtout que Kaddafi n’acceptera pas d’échouer dans sa première mission de président de l’UA. Pour cette réussite, il déploiera tous les moyens, matériels et politiques. Il n’est pas exclu que la Libye invite les parties mauritaniennes à Tripoli qui connaît souvent des réunions de réconciliation de ce genre.

Selon toute vraisemblance, la délégation libyenne a mis en garde toutes les parties contre les conséquences de l’embargo international, citant l’expérience libyenne en ce sens qu’elle a qualifiée de désastreuse, appelant, toutefois, les mauritaniens à épargner à leur pays, coûte que coûte, ce genre de situation.

L’émissaire libyen a déclaré que tous les partis politiques devraient être conscients que l’internationalisation de la crise mauritanienne pourrait mener vers des conséquences incalculables et incontrôlables. Il a ajouté que, même s’il demeure peu probable que la communauté internationale fasse recours à l'intervention militaire en Mauritanie, il n’en demeure pas qu’elle puisse prendre beaucoup d’autres mesures qui pourraient porter de graves préjudices à ce pays.

Il conviendrait, à cet égard que les différentes parties s’attèlent à rechercher une solution interne pour sortir le pays de la crise avant la transmission du dossier au Conseil de sécurité de l'ONU (selon ANI). Dans une déclaration à l’agence Saharamedia, l’émissaire libyen s’est déclaré optimiste pour la multiplicité des points de convergence entre les différents acteurs. On se souvient que ce sont là les conclusions de la mission de médiation du centre qatari des droits humains il y a quelques semaines. En fait les acteurs politiques mauritaniens se cantonnent chacun sur une position que les étrangers ont des difficultés à comprendre.

On se rappelle quand un Ambassadeur d’une grande puissance résident à Nouakchott, exprimait devant la presse sa surprise face à des doléances visant à faire décréter un embargo contre la Mauritanie. «Je n’ai jamais vu ou entendu des responsables politiques chercher à provoquer des sanctions contre leur propre pays». Aussi est-il très difficile de fixer la position exacte du personnel politique mauritanien. Le FNDD veut-il réellement du retour de Sidi Ould Cheikh Abdallahi ou en fait-il une carte de négociation ? D’ailleurs ya-t-il négociations réelles entre les différents protagonistes ?

Les soutiens de Ould Abdel Aziz sont-ils réellement engagés pour la personne ou pour la conjoncture ? La position du RFD est-elle une position de principe ou est-elle dictée par la volonté de se frayer le chemin du pouvoir, par la voie la plus facile : en excluant Sidi et Aziz ? Les observateurs sont d’accord aujourd’hui pour dire que la Mauritanie n’a pas beaucoup de choix. Ni le pouvoir du moment. Ni l’opposition. Ni l’entre-les-deux.

Avant le 20 février, les intentions du Général doivent nécessairement être clarifiées. Veut-il se présenter, auquel cas comment ? Déjà la décision de convoquer un référendum pour le 20 juin – «couplé avec le deuxième tour de la présidentielle» - a-t-elle suscité la surprise voire l’appréhension générale. Lors des Etats généraux de la démocratie (EGD), la question des amendements de la Constitution a suscité une grande polémique avant de provoquer le retrait momentané du RFD de Ould Daddah. Puis est venu le temps de «l’écoute» qui s’est soldé par la déclaration du Premier ministre devant le Parlement réuni pour entériner, sous forme de résolution, les conclusions des travaux des EGD.

En présentant la feuille de route de la transition proposée, le Premier ministre a relevé trois axes parmi lesquels le choix de ne pas toucher à la Constitution dans la conjoncture actuelle. Ce plan a été non seulement adopté par l’Assemblée, mais il a été politiquement exploité et présenté comme une concession de la part du Général et du HCE.

Quelle ne fut donc la surprise d’entendre le ministre de l’intérieur annoncer, au milieu d’un discours devant les Walis, la date du prochain référendum. La surprise était d’autant plus totale que seule le Président – le chef de l’Etat dans le cas du HCE – a droit de décider la tenue d’un référendum sur la Constitution. Ce qui ajoute à la confusion générale qui règne déjà. En effet, il est très difficile à présent de comprendre ce qui se passe. Sitôt libéré, Isselmou Ould Abdel Kader a été reçu par le chef de l’Etat.

Un jour, le secrétariat général du HCE lance la création d’un parti, le lendemain le processus s’arrête. Un jour, on promeut les initiatives de soutien au HCE et les demandes de candidature de son président. Le lendemain, on les interdit avant de les provoquer à nouveau. Mais le plus inquiétant reste les informations et contre-informations qui circulent çà et là. Un jour c’est le ministre des pêches qui annonce un investissement de 120 millions dollars pour le traitement du poisson à Nouakchott.

Le lendemain, on découvre que l’accord est plus que douteux. Un jour le Conseil des ministres annonce la signature d’un accord avec l’Espagne. Le même jour, l’Espagne officielle nie. Pas de sanctions. Pas de confirmation de la part des autorités. Alors ? La seule décision qui peut tout changer concerne l’avenir du Général : que veut-il ? Il est difficile jusqu’à présent de le confiner dans le rôle de l’assoiffé de pouvoir pour différentes raisons.

La première et la plus importante est celle que nous ne cessons de répéter : les pères du 3 août et de la transition qui a suivi, ne peuvent se réduire à des apprentis despotes. La deuxième raison, importante aussi, est la difficulté pour lui de légitimer ce qu’il est en train d’entreprendre. Quel qu’il soit. Le grand danger pour le pouvoir aujourd’hui est sans doute cette alliance objective qui se tisse lentement mais surement, entre ses soutiens immédiats et ceux de FNDD. Chacun, ici et là, voulant l’amener à se porter candidat. Les uns pour garder des privilèges liés à la proximité du pouvoir ou à son exercice. Les autres pour pousser le HCE à la faute irréparable.

Autre menace, c’est de continuer à prendre à la légère les injonctions de la communauté internationale et de compter sur l’existence d’un front intérieur dont la réalité est factice. Personne, mieux que le Général Mohamed Ould Abdel Aziz ne décèle le faux dans les initiatives de soutien actuelles, la vanité des fausses envolées d’intellectuels organiques. En attendant, la Mauritanie sombre dans une atmosphère confuse et délictuelle, faite d’incertitudes quant à l’avenir, d’atermoiements dans la gestion du présent et d’absence de prise en compte de ses récentes expériences. Bonnes ou mauvaises.

MFO

source : La Tribune

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