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Candidature du général Ould Abdel Aziz : Les dessous des cartes

Candidature du général Ould Abdel Aziz : Les dessous des cartes  

Le général Mohamed Ould Abdel Aziz sera, très probablement, candidat à la présidentielle de juin 2009. Ce qui était vraiment un secret de Polichinelle ne l'est plus depuis la dernière réunion du Conseil des Ministres, quand de fortes rumeurs ont circulé sur l'annonce faite de cette candidature aux membres du gouvernement.

En décidant de se porter candidat, le président du Haut Conseil d'Etat conforte toutes les analyses faites sur les véritables motivations du coup d'Etat du 6 août 2008 et sur la précampagne que le général a inauguré dès sa prise du pouvoir par des actions et des déclarations qui ne trompent pas.

Mais au-delà de l'effet qu'une telle candidature peut produire au niveau de la scène politique nationale, en ébullition depuis le coup de force contre le président démocratiquement élu, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, quels pourraient être les différents scenarii à envisager avant et après l'élection présidentielle ? Il est incontestable que la candidature du général – déjà président – brouille les cartes à tous les niveaux.

Au niveau de la recherche d'une solution à la crise institutionnelle que traverse le pays, elle ne fait que la compliquer davantage. Le pouvoir, fort de ses soutiens intérieurs, majoritaires dans les deux chambres du Parlement, compte capitaliser cet atout pour gagner une élection à laquelle l'opposition risque de ne pas prendre partie. Une hypothèse qui ferait que l'homme fort du moment n'aura pas d'adversaires sérieux pour l'empêcher de légitimer par les urnes un pouvoir déjà conquis par la force des armes.

Cependant, cela ne doit pas empêcher le général Ould Abdel Aziz à prendre très au sérieux les propos menaçants du président de l'Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheïr qui, dénonçant les agissements du pouvoir refusant à Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi de rentrer à Nouakchott en compagnie de ses soutiens, à lancé au général : « tu seras défait » ! Sans descendre dans l'arène, les forces constituant le FNDD (Front national pour la Défense de la Démocratie) pourrait très bien chercher à agir sur le cours de l'élection présidentielle de juin 2009, en appelant ses militants à voter pour l'un des adversaires de Ould Abdel Aziz.

Mais ce que le Général doit craindre le plus, c'est que les valses-hésitations d'Ahmed Ould Daddah et les entraves à la candidature du colonel Ely Ould Mohamed Vall cessent. Ould Abdel Aziz se retrouvera alors avec un adversaire qui a toutes les chances de fausser ses calculs, d'autant que les forces sur lesquelles comptent le général sont loin d'être quantifiable, en fonction du rapport de forces au sein du Parlement mauritanien.

Au-delà de la candidature du général

Mais le vrai problème posé par la candidature du général Mohamed Ould Abdel Aziz se trouve ailleurs. Il est dans le regard – nouveau – que les Mauritaniens, et avec eux la communauté internationale – porteront sur celui que d'aucuns considèrent comme le « père de la démocratie » dans le pays, parce qu'il a bouté dehors, après vingt ans de règne sans partage, le dictateur Taya.

En reprenant le pouvoir de la manière que l'on sait, le général Ould Abdel Aziz, ramène, incontestablement, le pays à la case de départ, faisant de la transition militaire 2005 – 2007 et du mandat écourté de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi une simple parenthèse dans un système politico-militaire qui refuse de mourir. L'aura du 3 août 2005 disparaîtra alors quand on se rendra compte, après seulement trois années de « démocratie », que les militaires ont repris d'une main ce qu'ils ont donné de l'autre.

L'enchaînement des faits, depuis la chute de Ould Taya, la gestion controversée du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie, l'élection de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et la crise consécutive à la fronde parlementaire expliquerait alors cette volonté d'une partie du système Taya de se maintenir en poussant devant un homme qui connaît bien ses rouages pour avoir assuré sa protection durant deux décennies. On est donc à quatre mois seulement de la renaissance du Système, si le Général gagne l'élection présidentielle du 6 août 2009. Car quelle différence entre un militaire bien installé au pouvoir, qui décide de « démissionner », quelques semaines avant le scrutin, et un autre qui a joué de la même stratégie en 1992 ?

Quelle différence, surtout, entre ceux qui poussent le général Ould Abdel Aziz à se présenter et les encenseurs de Ould Taya durant 20 ans ? Quelles différences entre les méthodes utilisées aujourd'hui par un pouvoir déjà en campagne et un autre qui a toujours mis à contribution l'influence de l'Etat pour accaparer la scène politique nationale ?

La crainte de la résurgence de la dictature politico-militaire sous Ould Taya n'a rien de comparable avec l'embarras dans lequel la non-acceptation des résultats de l'élection à venir pourrait susciter. Il est à craindre que la fuite en avant du pouvoir actuel ne continue à creuser le fossé entre lui et son opposition.

A la crise institutionnelle qu'on a voulu résorber par une soi-disant « rectification » du cours de la démocratie, l'on ajoutera les démons de la division sur fond de tensions sociales et de problèmes économiques dont les effets se font déjà sentir. La tentative d'éloigner le président du Sénat de sa charge et celle de « destituer » le président de l'Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheïr, étaient vues, par certains, comme les débuts de velléités, non avouées, de remettre en cause le partage du pouvoir que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a instauré.

Le fait de retrouver aujourd'hui dans le même camp Messaoud Ould Boulkheïr et Boïdiel Ould Houmeïd, que Ould Taya avait réussi à diviser sur la question harratine, montre clairement que ces craintes sont fondées. Faut-il en dire de même des Négro-Mauritaniens, accusés lors de l'élection présidentielle de 2007, de réflexes identitaires, quand ils ont voté massivement pour Ibrahima Moctar Sarr, alors que la prise en compte de leurs préoccupations (partage du pouvoir, règlement du passif humanitaire, langues nationales, etc.) sont rarement prises en compte par les autres candidats ?

Et là, on est en plein dans ce qui constitue la controverse née de la candidature du Général Ould Abdel Aziz : découle-t-elle de la volonté d'un homme, que les circonstances ont poussé à agir à contrecoups, ou de celle d'un groupe politique, qui refuse le partage du pouvoir ?

Amadou Diaara

source : Le Rénovateur Quotidien

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